Naturalisme, Animisme, Écosophie …

 

Philippe Descola (anthropologue)
« J’avais lu avant le terrain les textes fondateurs sur l’animisme, ceux de Durkheim, de Frazer ou de Tylor, qui parlaient tous de gens communiquant avec les plantes et les animaux. Mais ce n’était alors pour moi qu’une sorte de doctrine philosophique. Chez les Achuar, j’ai compris que ces idées tissaient à tout instant les interactions avec les non-humains. Ce n’était pas un «système de représentation», mais un mode de vie. De ce fait, je suis devenu un peu animiste, il m’arrive de dialoguer avec des oiseaux…
Ensuite, sur le terrain, je me suis aperçu que les Achuar passent leur vie à communiquer avec des non-humains vus comme des personnes au travers des rêves ou d’incantations magiques. Ils étendent le champ des relations sociales bien au-delà de la sphère humaine. Un animal peut être traité comme un beau-frère, une plante comme un enfant. »

« L’animisme peut être défini comme un « mode d’identification », c’est-à-dire une façon de concevoir la relation entre soi et l’autre. Je m’explique : dans le sens commun occidental moderne, on admet que l’homme partage le même monde physique que le reste des êtres qui peuplent l’univers. En revanche, nous (les humains) estimons être différents des animaux ou des plantes par le fait que nous sommes des sujets, possédant une intériorité, des représentations, des intentions qui nous sont propres. C’est ce que j’appelle le « naturalisme ».
L’animisme procède autrement. Il attribue à tous les êtres humains et non humains le même genre d’intériorité, de subjectivité, d’intentionnalité. Il place la différence du côté des propriétés et manifestations physiques : apparence, forme du corps, manières d’agir, comportements. C’est une idée amenée par l’anthropologue Eduardo Viveiros de Castro, qui a remarqué que, de manière générale en Amazonie, les gens fondaient les différences entre les espèces et les groupes humains sur la forme des corps et d’autres attributs matériels, et non sur quelque principe intérieur.
Ces différences constituent des manières d’habiter le monde, comparables aux Umwelt à l’aide desquels l’éthologiste Jacob von Uexküll caractérisait le monde propre à chaque espèce animale dans son rapport à l’environnement. L’animisme suppose la multiplicité des manières d’habiter le monde, mais attribue à tous les êtres le même genre d’intentionnalité, que nous dirions « humaine ». C’est ce qui explique que les Achuars, par exemple, entretiennent de véritables dialogues avec des êtres de la nature. » Philippe Descola

Animisme
Croyance primitive aux esprits de la nature principalement. Les esprits vénérés apeuraient en général les peuples croyants et différaient d’un endroit à l’autre. En effet « l’esprit du volcan » ou « de la forêt » ne peut être vénéré chez un peuple inuit, de même que « l’esprit du glacier » ne peut l’être dans une peuplade africaine.
L’animisme est l’une des plus vieilles religions (ou type de religion) du monde. Elle est répandue chez de nombreux peuples très éloignés les uns des autres. Elle est en effet partagée par les indiens d’Amazonie, les inuits des régions arctiques, les tribus africaines ou les Aborigènes d’Australie.

Chamanisme
Le chamanisme se présente comme une pratique centrée sur la médiation entre les êtres humains et les esprits. Le chaman, chamane ou shaman, est une personne considérée par sa tribu ou son groupe comme l’intermédiaire ou l’intercesseur entre les humains et les esprits de la nature. Il a une perception du monde que l’on qualifie aujourd’hui d’holistique dans son sens commun ou animiste (voir également les théories Gaïa). Le chaman est à la fois « sage, thérapeute, conseiller, guérisseur et voyant ». Il « est » l’initié ou le dépositaire de la culture, des croyances, des pratiques du chamanisme, et d’une forme potentielle de « secret culturel ». On le trouve principalement dans les sociétés traditionnelles où il arbore des parures spécifiques et pratique souvent dans un certain secret. Le terme Chaman est propre à certains peuples de Sibérie, il a été généralisé pour simplification, les natifs d’Amérique du nord utilisent plus souvent le terme d’homme ou femme médecine.

Écosophie
Théorie selon laquelle l’homme n’est pas au sommet du vivant.
L’écosophie est un concept forgé par le philosophe Arne Naess en 1960. C’était au début du mouvement de l’écologie dite écologie profonde qui invite à un renversement de la perspective anthropocentriste (l’homme au centre de tout).
« L’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme une partie qui s’insère dans le tout » Arne Naess.
Le philosophe et psychanalyste Félix Guattari développe la notion « d’écosophie » dans un de ces ouvrages en trois écologies : l écologie environnementale (de la nature), l’écologie sociale et l’écologie mentale.

Les Dogon sont un peuple du Mali, en Afrique de l’Ouest.
Les Dogon croient en un dieu unique, Amma. Il créa la terre et en fit son épouse qui lui donna un fils, Yurugu ou le « Renard pâle ». C’était un être imparfait qui ne connaissait que la première parole, la langue secrète sigi so. La terre donna ensuite à Amma un couple d’enfants jumeaux appelés Nommo. Ceux-ci étaient à la fois mâle et femelle. Maîtres de la parole, ils l’enseignèrent aux huit premiers ancêtres des hommes, quatre couples de jumeaux, nés d’un couple façonné dans l’argile par Amma.
La religion animiste des Dogon se fonde, outre le culte voué au Dieu créateur Amma ou Amba, sur le culte des ancêtres. Cet animisme prend quatre formes : le culte du lébé, le culte du Binou, le culte des âmes, l’institution des masques.

Les Celtes sont ploythéistes (ils croient en plusieurs dieux). Mais on parle également d’animisme gaulois.
Dagda est le dieu de la science, des druides et des partages. Son nom signifie le dieu bon. Il a une massue dont l’une des extrémités peut tuer, l’autre ressusciter ; il nourrit avec son chaudron, et dispose d’arbres chargés de fruits.
Brigitte, fille de Dagda, est la protectrice des poètes, des médecins et des forgerons. La tradition chrétienne a perpétué son souvenir par sainte Brigitte.

Naturalisme … dessin

Article de Naële, Nathan, Raphaël, Tristan et Quentin

Photo de Tristan / Dessin de Quentin