Les immeubles à Marseille

Le 5 novembre 2018 en plein coeur de la ville de Marseille, deux immeubles se sont effondrés, huit personnes ont perdu la vie dans ces effondrements.

Suite à cela cela a été une longue série de nombreuses évacuations de logements en péril.

Entretien avec Patrick Lacoste de l’association « un centre ville pour tous »

– Est ce que vous pouvez leur rappeler pourquoi vous venez leur parler de ça ? Vous êtes impliqué ?

Moi je suis impliqué parce que je suis d’une association qui défend le droit du bon logement pour les habitants, de bien se loger et de vivre en centre ville. Donc cette association elle s’occupe de défendre des gens mal logés.

C’est quoi « un centre ville pour tous » ?

C’est une association, c’est des bénévoles qui travaillent ensemble pour défendre le droit des habitants.

Alors que s’est il passé le 5 novembre 2018, il y a des immeubles qui se sont effondrés dans la rue d’Aubagne.

Et puis il y a eu d’autres immeubles concernés comme par exemple le 1 rue Lafayette 13001 qui était très délabré avec des grosses fentes et donc la ville est venue, elle a envoyé un spécialiste on appelle ça un ingénieur ou un architecte. C’est un immeuble qui était mal entretenu, le toit il coulait, dans cet immeuble il y avait 6 locataires et quand l’architecte de la ville qui est payé par la ville est venu pour dire si il y avait oui ou non du danger et bien il a dit il y a du danger pour les occupants, pour les locataires, et donc ils les ont relogé à l’hôtel en attendant que l’immeuble il soit consolidé et maintenant ils sont rentrés mais il a fallu plusieurs mois.

– J’ai vu aux informations qu’il y en avait un où il y a eu plusieurs morts ?

Alors ça c’est le 63 de la rue d’Aubagne le 5 novembre, la veille il y a des gens qui sont allés vite voir leur propriétaire en disant « l’immeuble il bouge, je ne peux plus fermer la fenêtre, je ne peux plus fermer la porte, ça craque de partout » et il y en a un certain nombre de cet immeuble qui sont aller vivre chez leurs amis, leurs voisins, chez leurs parents et malheureusement il y en a qui sont restés dans l’immeuble et il y a eu 8 morts, ils les ont retrouvé sous les gravats.

Alors quand les pompiers ou les architectes disent que l’immeuble est dangereux parce qu’il n’a pas été entretenu donc il risque de s’effondrer ils donnent aux habitants un petit moment, ils leur disent de vite prendre leurs affaires ce qui fait qu’il y a des gens qui depuis 6 mois ont pris vite simplement 2 ou 3 affaires et ils n’ont pas pu rentrer chez eux depuis pour récupérer leurs affaires.

– Depuis quand vous vous êtes engagé ?

Depuis 2000 dans l’association « un centre ville pour tous » donc ça fait presque 20 ans.

– Est ce que vous avez fait un autre métier avant celui là ?

Alors ce n’est pas un métier ce que je fais là, c’est bénévole je le fais en plus du travail, ce n’est pas payé. Bénévole c’est par exemple il y a une association qui aide à ceci, qui aide à cela, aux devoirs scolaires, à planter des fleurs … et bien il y a des gens qui font cela pour le bonheur des autres et il n’y a pas de contrepartie d’argent.

– Pourquoi vous vous intéressez aux immeubles qui s’effondrent ?

Et bien parce qu’avant c’était un peu mon métier les immeubles, l’immobilier les questions de droit de l’habitat … cela faisait partie de mon métier avant mais là maintenant je suis à la retraite.

– Que vont devenir les immeubles détériorés ?

Alors les immeubles ils appartiennent à des propriétaires, le plus souvent il y a plusieurs propriétaires et en général quand ils occupent l’appartement ils l’entretiennent mais parfois il y a des gens un peu plus riche qui ont racheté un immeuble ou parfois 2 immeubles, trois immeubles et qu’ils n’occupent pas et vont louer à des gens. Et donc dans les propriétaires un peu riches qui ont acheté plusieurs immeubles, il y en a qui entretiennent leurs immeubles et puis il y en a qui entretiennent pas du tout et c’est ce qui s’est passé à la rue d’aubagne, il y a avait plusieurs propriétaires rue d’Aubagne ou dans d’autres rues, c’est également ce qui c’est passé au 1 rue Lafayette le propriétaire il a 15 immeubles dans Marseille et lui il veut faire beaucoup d’argent et il entretient pas son immeuble comme ça il encaisse les loyers et il devient riche. Le mal logement c’est ça c’est quelqu’un qui n’entretient pas.

– Que vont devenir les gens qui habitaient dans ces immeubles ?

Alors les gens d’abord ils ne sont pas bien du tout, au total il y a eu 3000 personnes qui ont été délogés. Ils ont été relogés pour presque un millier d’entre eux chez des amis et pour le reste à l’hôtel où l’on est pas bien parce qu’il n’y a pas de cuisine, pas d’espace, tu ne peux pas faire tes devoirs dans un coin … Et il y a encore 600 personnes qui sont à l’hôtel et le maire de Marseille il ne veut plus payer les petits déjeuners  il dit qu’il a été assez généreux donc il ne veut plus payer les petits déjeuners.

– Qu’est ce que fait l’association un centre ville pour tous par rapport à ces gens ?

Et bien on les aide dans la mesure du possible, on participe à la solidarité, il y a aussi la fondation de l’Abbé Pierre qui a été fondé par l’Abbé Pierre en 1954 après la guerre parce qu’il y avait à l’époque 3 millions de personnes qui n’avaient pas de logement à cause de la guerre. Vous connaissez tous le vieux port vous savez qu’il y a un côté très ancien et oui il y a un côté neuf à côté de la mairie et bien ce quartier il a été détruit pendant la seconde guerre.

– Qu’est ce qui se passe aujourd’hui pour les gens délogés ?

Alors il y a à peu près 2000 personnes qui sont rentrés dans leur logement mais il y a des appartements qui ont été déclaré comme dangereux et que l’on ne peut pas reconstruire et donc qu’il faudra démolir par exemple il y en a 2 rue de la Palud qui ont été tombés parce qu’ils étaient très dangereux donc ils ont mis les gens à l’hôtel et là il faudra reconstruire de nouvelles maisons donc les gens ils vont rester pendant un certain temps soit chez des amis, soit dans du logement social soit à l’hôtel.

– Mais qui va payer les gens ou l’état ?

Alors en France quand un logement il n’est pas décent, cela veut dire qu’il y a de l’humidité, qu’il n’y a pas de salle de bain, que l’eau chaude ne marche pas, donc ça l’état ou la mairie, un juge va vérifier, le locataire il ne paie plus le loyer c’est le juge qui décide, tant que le logement il n’est pas bien pour vivre le locataire il ne paie plus le loyer donc le propriétaire il est obligé de faire les travaux pour que le locataire repaie son loyer.

Pour les gens qui sont dans le haut de la rue d’Aubagne ils sont expropriés de leur immeuble et ils ont plus rien donc là il faudra que l’état fasse un geste de solidarité effectivement pour qu’ils puissent se reloger c’est le cas de Maël au 69 de la rue d’Aubagne la mairie lui a grignoté son immeuble parce qu’il allait tomber sur le 65 et lui il est entrain de payer son appartement parce qu’il avait emprunté et donc il paie pour rien du tout et donc il faudra que la solidarité fonctionne. Mais cela peut être aussi les assurances.

– Comment vous savez qu’il y a 600 personnes qui ne sont pas relogés … ?

Alors c’est publique ça, c’est à dire que nous les différentes associations on rencontre toutes les semaines les élus de la mairie et puis la représentante de la préfecture et on fait le point chaque semaine sur ce qui va, ce qui ne va pas et nous on est là pour dire par exemple « non mais ça ne va pas vous avez supprimé les petits déjeuners aux gens qui sont à l’hôtel, rétablissez les » ou bien « il y a quelqu’un qui a été réintégré dans un appartement mais l’appartement il est toujours tout pourri et tout humide » et donc on leur dit cela et il y a une négociation et donc voilà on le sait, et c’est publique c’est aussi dans la presse.

– Mais les gens qui sont à l’hôtel si ils n’ont pas de cuisine comment font ils pour manger le soir ?

Ils ne sont pas bien du tout ! La mairie avait ouvert une cantine dans la maison des associations et là ils l’ont fermé et donc ils se débrouillent mal, ils mangent mal et une autre possibilité c’est qu’ils vont à la cantine qui est sur la canebière du centre universitaire, la cantine des étudiants à côté du lycée Thiers mais ce n’est pas une bonne situation.

Alors vous avez dit que vous connaissez le monopoly ! Alors le monopoly c’est un jeu égoïste parce que c’est un jeu où il faut devenir plus riche que les autres donc c’est un jeu rigolo pour vous les enfants mais dans la vraie vie c’est pas un jeu sympathique parce qu’il s’agit de devenir plus méchant que les autres et de leur voler leur argent.

Donc là ce jeu c’est le contraire c’est un jeu qui pousse à la solidarité, à l’amitié …

Ce jeu « Taudis-Poly » a été créé par Monsieur Fathi Bouaroua président d’Emmaüs Pointe Rouge, Emmaüs est une association qui a été créé par la fondation de L’Abbé Pierre où les gens peuvent amener des meubles, un vieux frigo plutôt que le jeter, des habits …. Et les gens qui y travaillent c’est des anciens sans domicile, des gens qui n’avaient pas de maison, ils y sont accueillis, ils travaillent et l’argent que gagne Emmaüs cela ne va que pour la solidarité.

Un taudis c’est un immeuble mal en point, c’est un immeuble où l’on vit mal dedans, où c’est humide, où l’on est pas bien et tout ça !

Témoignage de Milo (en classe de CE2)

Maman et moi rentrions de l’école quand on a vu les pompiers en bas de notre immeuble.

Ils évacuèrent l’immeuble d’à côté, à 23h30min les pompiers ont vérifié notre immeuble et ils ont dit « vous devez partir », ils nous ont donné un bon pour une chambre à l’hôtel B&B du Prado.

Le personnel a été très gentil, on y est resté 1 mois et demi.

1 mois plus tard on est parti à notre immeuble, ils avaient fait des travaux, ils avaient mis des étais, ils ont dit que si l’immeuble tombait il fallait sortir dans la petite cour.

Article d’Abigaëllle, Inès (dessin), Lara, Léna et Milo.

Source : Entretien avec Patrick Lacoste de l’association « un centre ville pour tous ».

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