La photographie / Rencontre avec Alfons Alt

 

 

La photographie est née au 19ème siècle au croisement entre recherche artistique et expérimentation scientifique.

La magie de la chambre obscure ou chambre noire est connue depuis l’Antiquité.

 

Photo de Jeanne (Oeuvre d’Alfons Alt)

 

Entretien avec le photographe Alfons Alt.

En fait si je devais donner une définition de ce que c’est la photographie pour moi je dirais que c’est un combat gestuel avec la lumière.

Ça c’est bien parce qu’on a beaucoup réfléchi à cela et il se passe avec les gestes avec les mains parce que je dois maîtriser la quantité de lumière qui tombe sur ce support donc je fais des photographies avec des appareils qui ont des négatifs qu’il faut développer également dans de la chimie et une fois qu’on a le négatif on le met dans un passe vu puis dans un agrandisseur c’est comme ça que cela s’appelle ces instruments la. Et en fait c’est assez magique parce qu’après vous avez la lumière qui tombe sur cette feuille de papier, elle est toujours bien blanche vous ne voyez rien vous êtes dans un endroit avec une ampoule rouge on appelle ça la « lumière inactinique » parce que le papier ne voit pas cette lumière, parce que le rouge n’est pas vu par la photo donc c’est pour ça ça s’appelle inactinique et donc c’est pour ça que nous on peut travailler là-dedans et on voit quand même un peu des choses, on voit pas beaucoup mais on voit un peu donc on sait ce qu’on fait on cherche la boite quand t-il faut sortir les feuilles, quand t-il faut les positionner, quand t-il faut régler sur l’agrandisseur. Donc c’est assez magique quand t-on trempe après cette feuille de papier qui a reçu cette quantité de lumière dans un bain de révélateur (c’est un bain chimique) et après il y a un deuxième bain pour fixer et après un troisième bain pour laver et après quand c’est lavé on le fixe et on a un tirage photographique avec une image.

Est ce que votre manière de prendre la photo est spéciale ?

Oui et non c’est à dire qu’aujourd’hui s’est devenu spécial parce que je travaille beaucoup avec une chambre photographique et ça c’est quelque chose d’un petit peu encombrant parce que j’ai un trépied (donc trois pieds) pour poser au sol et il y a l’appareil qui est posé là-dessus et il y a comme un voile noir avec lequel je regarde le dépoli parce que je vois les images sur le dépoli et je vois à l’envers ça veut dire que les gens ils collent au plafond ou ils ont les pieds en l’air et la tête en bas parce que à la chambre on voit à l’envers c’est assez drôle parce que quand vous voyez le monde sur un dépoli.

On dit d’ailleurs la camera obscure en latin ou en italien et camera c’est la chambre et on appelle ces appareils une chambre, une chambre photographique, et moi j’aime beaucoup ça parce que cela me permet d’avoir des négatifs qui sont plus grands, cela me permet d’avoir aussi plus de détails et c’est aussi plus de toucher, je le touche plus souvent, je manipule plus c’est un plaisir aussi de fabriquer ces choses là, on triture une matière, il faut bien mettre dans les boites tout cela c’est des manipulations après on fabrique la chimie ça aussi c’est une manipulation ce n’est pas que désagréable il y a une grande joie de fabriquer quelque chose et que l’on voit apparaitre et que cela marche ça c’est formidable c’est comme la mécanique c’est comme voir un vélo fonctionner il y a une sorte de mécanique aussi dans les produits chimiques.

– Mais la pellicule elle sort où ?

La pellicule c’est moi qui la met dedans en fait c’est des cassettes et quand je suis dans mon labo il est tout noir et je rempli la pellicule dans la cassette, dans la cassette elle est à l’abri de la lumière et je peux me promener avec la cassette et je vais aller à mon endroit où je fais des photos et après je retourne à mon atelier et je la sors de la cassette donc c’est un outil pour transporter.

– Quelle est votre technique ?

Ma technique à moi (rires) alors il y a du papier et il trempe dans beaucoup de pigments, j’enduis ce papier avec de la gélatine parce que la gélatine elle peut s’engorger d’eau et après je change l’eau parce que je fais une action photographique c’est à dire que je pose mon positif (et non mon négatif) que je pose par dessus une fois que j’ai rendu la gélatine photosensible et avec la lumière elle va me détruire quelque chose, là où la lumière passe elle va durcir la gélatine  et elle va empêcher qu’elle puisse s’engorger d’eau, j’espère que les mots que j’utilise ne sont pas trop difficile à comprendre et en fait là où c’est sombre il y a de l’eau moi je change le pigment avec l’eau et là où c’est blanc la gélatine a été vite cassée, vite durcie par la lumière et donc elle ne prend plus d’eau donc il n’y a plus de pigment non plus donc je fais un traffic de changements après je chauffe parce que la chaleur fixe. Donc c’est une technique qui utilise les pigments et les pigments et l’eau ça fuse un petit peu c’est un petit peu comment dire il y a un grand peintre qui s’appelle Léonard de Vinci et lui il a parlé du « sfumato » c’est à dire qu’avec les vernis successifs qu’il mettait sur ses tableaux il arrivait à un petit flou et c’est un peu le cas avec mon travail aussi, c’est à dire quand je met le pigment sur la gélatine après le pigment il fuse un peu parce que le pigment c’est pas seulement une poudre inerte c’est aussi une teinture ça a beaucoup de vertus différentes parfois ça fait la teinture du papier, les pigments c’est des poudres de couleur et dans les feutres ou les peintures quand vous faites de la peinture à l’eau et bien tout cela s’est fabriqué à partir de pigments, à partir de poudres et tout cela cela se trouve dans la nature parfois ou bien on transforme quelque chose de la nature.

– Quel genre de photos vous avez pris ?

J’aime beaucoup le monde vivant c’est à dire à la fois des gens, à la fois des animaux ou des plantes aussi parce que ces des choses qui ne sont pas toujours faciles j’aime bien quand il y a une certaine difficulté, parce que la photographie c’est quelque chose qui est très lié au moment et quelque seconde plus tard le moment est fini et ça je trouve que c’est fascinant c’est de se mettre dans une situation où il faut vraiment capter les choses qui sont fugitives, qui passent et qui ne sont plus là après. Les choses qui passent cela me plait beaucoup d’arriver à les saisir ou même de tenter de les saisir parce que des fois je sais bien que je n’y arrive pas mais c’est le chemin qui est intéressant, c’est de vouloir le faire parce que cela produit toujours des choses. C’est aussi la même question que dans la peinture, un peintre il commence à faire quelque chose et puis il dit « oh la la c’est loupé, c’est pas ça du tout » et après il va continuer à travailler et à trouver des raisons et comme ça d’un coup ses erreurs du début il s’avère que c’est quelque chose de formidable et ça c’est quelque chose que j’aime beaucoup sentir, que quand je pars sur quelque chose qui est un petit peu de travers je rattrape et je reviens sur quelque chose d’intéressant.

– Avez vous voyagé pour votre métier ?

Oh oui beaucoup, j’ai voyagé en Russie, au Pakistan, en Afghanistan, je suis allé en Amérique du Sud, en Inde, Égypte, Yémen, La mer rouge, aux États Unis, au Texas, en Louisiane, la Floride …. Mais j’aimerais bien voyager encore beaucoup je n’ai pas fini (rires) j’ai beaucoup voyagé en Orient, et au Moyen Orient et bien sur l’Europe et en fait ce dont je me suis rendu compte enfin je rattrape mon retard mais ce que je connais le moins bien c’est mon propre pays c’est à dire l’Allemagne mais j’y retourne maintenant très souvent pour connaitre aussi mon propre pays.

Parfois il ne faut pas voyager loin pour voyager loin en fait, des fois c’est tout près de chez nous qu’on peut rêver et trouver de l’inspiration ou trouver des choses, ce n’est pas forcément la question d’aller loin mais se déplacer c’est déjà quelque chose parce que quand vous voyagez vous vous voyez vous même mais un peu plus loin, donc c’est à dire que quand vous êtes quelque part en Chine et bien vous vous voyez en France « ah quand je suis là-bas » vous avez des souvenirs et ça cette distance elle est très intéressante cela donne beaucoup de choses.

– Êtes vous peintre ou photographe ?

Et bien cela moi je ne le sais pas, je laisse les autres dire (rires) je suis un peu les deux et rien à la fois. Mais je me sens aussi graveur comme j’aime bien dire 30% de photographie, 30% de gravure, 30% de peinture et au moins encore 40% de bénédiction divine bon cela fait 130% en vrai comme ça au moins on est sûr.

Remarque d’un enfant : «- Donc à chaque fois vous allez au bout du truc enfin au bout du rêve. Vous avez envie d’aller en Afrique et bien vous voulez absolument y aller »

Réponse d’Alfons « -Oui ça c’est vrai cela tient du rêve »

« – Comme vous aviez envie de devenir photographe »

« – oui c’est vrai que ce n’est pas facile mais c’est formidable de vouloir faire quelque chose et de le faire, je suis complètement d’accord avec toi.

Mais chaque métier il a toujours deux côtés, un côté formidable et un côté un peu difficile »

– Vous aimez quoi dans votre métier ?

Aller construire quelque chose, faire quelque chose qui n’a jamais été là avant enfin on ne peut pas dire cela comme ça parce que ce serait prétentieux mais disons que je fais mon image du monde c’est de faire mon monde comme je l’aime, faire mon propre monde comme ça je suis moins triste.

– C’est quoi le cadre, le fond de vos photos ?

Et bien je ne suis pas vraiment un photographe de produit qui met les choses sur un fond mais c’est vrai que c’est important dans quel endroit est fait la photo c’est ce qu’on appelle aussi le hors champs, c’est à dire que je cadre avec mon appareil donc le sujet et des fois je place le sujet un petit peu en bordure mais cela veut toujours dire quelque chose et des fois il y a même une ligne qui part de la photo et on appelle ça le hors champs et cela donne envie au spectateur de rêver la photo plus loin, qu’est ce qui ce passe avant ou après …

– Si vous n’aviez pas été photographe vous feriez quoi comme métier ?

Ohh ça c’est une bonne question (rires) vous savez quand on est jeune on ne connait pas les métiers donc on a une intuition, on aimerait bien faire quelque chose.

Mais aujourd’hui je pense qu’il y a quelque chose qui pourrait me plaire aussi, en fait moi j’aimerais bien être joailler j’aimerais bien faire des bijoux ça ça me plairait beaucoup, faire des petites choses.

– Pourquoi certaines de vos photos sont toutes bleues ?

Ah ça c’est des cyanotypes c’est un procédé, donc ça veut dire que c’est une chimie qui au contact de la lumière du soleil se transforme en bleu dès qu’elle touche l’eau, au début c’est jaune et après quand vous le mouillez la chimie devient bleu et après elle reste bleu. Et en fait j’aime beaucoup le bleu, bon je ne suis pas très original apparement c’est la couleur la plus aimé chez les européens, c’est une couleur qui ne se pose pas à vous elle va au-delà c’est quelque chose de transcendant c’est quelque chose qui … c’est le ciel en fait, le rouge c’est quelque chose qui vient vers vous alors que le bleu il s’en va.

– Et vous pourriez dire que vous aimé autant le moment de la prise de la photo, que son développement ?

Oui on peut dire ça, ces deux moments très distincts avec une concentration très différente, parce que quand je suis en prise de vue je suis vraiment un arracheur à la réalité, j’ai besoin à tout prix d’y arriver et donc je deviens même parfois brutal ou parfois pas, ou ingénieux et en fait il faut que j’arrache quelque chose à la réalité et une fois que je l’ai je rentre chez moi dans ma petite chambre noire et je suis dans une intimité chez moi et là c’est une autre chose mes sens s’orientent différemment je suis plus sensuel et là c’est très different je suis quelqu’un d’autre dans mon atelier que dans les prises de vue et les deux vont de pairs pour moi, pour moi un photographe il est les deux en fait. Parce que je fais aussi des prises de vue parce que je sais comment ça va être chez moi dans ma petite chambre, dans mon atelier parce que je sais ce que je vais en faire, les deux sont très liés et c’est les deux moments de ma vie, je suis une balance j’ai un côté et de l’autre, je penche toujours d’un côté ah ah et j’essaie toujours de rééquilibrer voilà je cherche l’équilibre.

– Est ce que vous utilisez que la chambre ?

Non je n’utilise pas que la chambre mais c’est ce que j’aime le plus ça je dois le dire, parce que c’est calme, c’est posé, on pose l’appareil et on a un sujet et je ne peux rien faire sans le sujet parce que par exemple quand je fais une photo et la personne bouge d’un mètre mais quand je met la pellicule, la cassette après je dois fermer l’objectif parce que sinon il y aurait de la lumière qui rentre et quand je fais tout cela je ne vois plus ce qu’il se passe l’autre il peut se mettre un mètre à côté  et puis il n’est plus dans la photo donc il faut que je négocie à la fois avec les animaux et ça j’aime particulièrement beaucoup parce que les animaux on ne peut pas leur parler, je ne peux pas leur dire mets toi plus haut ou plus bas, lève ton oreille; mets ta patte comme ça … donc je dois ruser ou attendre ou observer et ça ça me plait cette négociation avec quelque chose d’irrationnelle quelque chose qui n’est pas claire ou dit tout de suite.

– En quelle année vous avez commencé ce métier ?

Alors il y a des questions fiscales ou réelles (rires) on va dire que j’ai commencé à choisir le métier de photographe même si je ne pouvais pas encore en vivre à 24 ans quand je suis arrivé en France et là j’ai fait d’abord un peu d’autres métiers pour pouvoir vivre et en fait c’est quand j’avais 29/30 ans que j’ai commencé vraiment à en vivre un peu et ça s’est amélioré chaque année.

– Quelle a été votre première photo ?

Ah ah on m’a déjà posé cette question, récemment, en fait c’était quand j’avais 15 ans j’avais un copain et il me dit « tu sais on m’a offert un appareil photo et je vais faire des photos » et on faisait des excursions scolaires et on allait dans les montagnes … et du coup mes parents m’ont donné un appareil photo et je voulais préparer un petit peu ces excursions et dans ma chambre le soir il y avait un beau coucher de soleil et il y avait un pommier devant moi et ça été ça ma première photo qui me plaisait beaucoup, qui était floue j’ai photographié le pommier avec le coucher de soleil et donc c’était flou mais j’ai compris que c’était bien plus intéressant que ce soit flou parce que si cela avait était net cela aurait été beaucoup plus banal.

Cette photo je sais où elle est mais je ne l’ai pas icci elle est dans mes archives allemandes, elle est dans une armoire particulière il faut que je mette la main dessus mais à chaque fois que j’y vais j’oublie.

– Et quand vous allez dans tous ces endroits vous prenez uniquement des photos avec cet appareil là (à propos de la chambre) ?

Oui oui parce que je trouve que c’est magnifique quand vous vous plantez quelque part, vous êtes très sincère, très honnête et tout le monde voit tout de suite ce que vous faites, vous n’êtes pas un tricheur et vous prenez que ce que l’on vous donne et ça ça me plait, c’est très clair, le contrat est net, clair et celui qui ne veut pas être sur la photo il ne sera pas sur la photo, sans complicité la photo n’existe pas, ils faut que les autres le veulent aussi et je n’ai jamais eu de problème d’ailleurs même dans les pays musulmans où il y a parfois un problème avec l’image.

Article de Clément, Jeanne, Juliette (dessin), Kyliane, Louis et Stella.

Source : entretien avec Alfons Alt

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